Je sais ce que c'est d'aimer.
Aimer sans la souffrance qui va parfois ou plutôt trop souvent avec, aimer au sens beau, au sens joli, au sens "Je suis heureuse", aimer à son demi-sens donc.
C'est ne pas vouloir voir la nuit tomber, ne pas vouloir que ses yeux se ferment, vouloir, tout faire, pour profiter le plus, le plus fort, le plus longtemps possible, profiter, de ce spectacle réjouissant d'être heureux, et de l'être à deux. Et ça passe par le moindre petit geste du quotidien, ce petit geste comme une sorte de rituel, une routine charmante. C'est lui, comme toi, qui m'ont réchauffée chaque matin, cette chaleur avec une touche d'acidité, ce sont vous deux qui me l'ont apportée.
Et puis...même si cette nuit tombe, Et alors? et alors? je m'en fou! Si la lune impose son règne, Je m'en fou!, c'est dans tes bras que je subirai cette dictature, les étoiles auront beau m'assaillir de coups, c'est contre toi que j'encaisserai, tant que c'est avec toi. Là, le soleil refera son apparition, comme si de rien n'était, débarquant comme une fleur, nos paupières écloront et "Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie". Ce qui était alors jusque là, jusqu'à toi, si dur, pour une fille qui pense que la flemme s'est incarnée en elle dès sa naissance, et a pris racine depuis, le réveil, jusque là si désagréable, devient le seul et unique moyen de profiter de l'autre, devient l'espoir d'un jour encore meilleur que le précédent, devient la chance d'entretenir cette pousse de bonheur égoïste, ce bonheur pour deux, et merde les autres.
Une pousse qui part dans tous les sens, n'essayons même pas de la formater, de la tailler, n'essayons pas, un amour qui se niche dans la moindre parcelle de pensée, il s'installe, pas de contrat officiel. Cet amour a tous les moyens, cet amour est plus bourgeois, plus riche que tous les Bill Gates de la Terre, cet amour peut tout acheter, ton c½ur, tes pensées, tes désirs, tes envies, tes questionnements, tes pas, tes courbes, ton corps, tes draps. Ton amour se la joue Julien Doré, il n'a pas de limites, il n'a peur de rien, non, il n'a pas de limites.
C'est le Big Love, le loyer en sentiments explose, ce Big Love mais il t'offre plus, toujours plus, le prix de l'immobilier atteint des sommets. Un peu comme les Américains, tant pis, tant pis, il s'endette, il emprunte, peu importe le taux d'intérêt, peu importe ce qui viendra après, peu importe le moyen de rembourser, peu importe, ouai, ton amour c'est l'américain moyen des subprimes, il consomme maintenant, il réfléchit ensuite. L'ivresse de l'achat est son vice. Mais pour l'instant, il est heureux, mais pour l'instant, vous êtes heureux.
Vous vous baladez un peu partout, par-ci, par-là, mais toujours entourée de ses bras, toujours en sécurité, votre amour, cette bulle de sentiments que vous avez gonflée ensemble, mot après mot, belles paroles après belles paroles, cette bulle vous sert aussi de garde du corps. Oui, tu en as désormais la nécessité, plus besoin de Closer, de Public, ou je ne sais quelle autre grande littérature, oui, tu es désormais la star de ta propre vie, la princesse de ton propre conte de fée. Tu as le beau mec charmant à ton bras, la panoplie de baisers dans le cou et un peu partout, les mains malicieusement bien placées dans la poche de ton jean, et là, tu te dis que tu as décidément bien fait de faire chier ta mère, ta si patiente mère avec ce détail que sont "les poches, Maman, les poches!".
Et, débarquée récemment sur ce nuage sentimental, cela te suffit pour croire que le passage piéton pour aller au Monoprix sont les marches de Cannes. Tout est beau, tout est joli, le monde va bien puisque toi tu vas bien, tu crois enfin que tout est possible, tu as enfin une raison de croire au slogan de sarkozy et rien que pour ça, oui, ensemble, à deux et rien qu'à deux, tout devient possible. Tout est prétexte à l'égoïsme, au romantisme, tu arrives même à trouver ce je ne sais quoi de charming dans un rendez-vous derrière des toilettes...
_ Genre?
_ Même ça ouai!
_ Ah! Ah oui... oh la! T'es vraiment amoureuse toi!
Les interviews ressemblent à peu près à "Ça va toi?" "Génial, on" toujours, oui, toujours, c'est la règle, toujours tu ramènes tout à lui, à vous, bien sûr, c'est comme un instinct naturel, comme quelque chose qui ne se contrôle pas, il est lui aussi incarné en toi, il fait partie de toi, de tes mots, de ta vie et là, la burgienno-annéçoise nous caserait son "J'me sens bien, j'me sens belle".
En effet, tu es plus belle que jamais, le bonheur te va assurément bien au teint, un sourire jusque là, des yeux qui brillent, tu réalises que le bonheur est le plus beau et le plus efficace et le moins cher des maquillages. Un maquillage dont on ne connait malheureusement jamais tous les effets secondaires mais dans ces conditions...